Les Valaisans rêvent à nouveau des fastes des grands casinos d’antan

Après plus d’un siècle coulé dans l’ombre, le deuxième casino d’Europe retrouve de sa splendeur. Saxon espère figurer bientôt parmi les dix futurs grands centres de jeux du pays.

Il est minuit, en ce jour de l’an 1877. Dépité, le croupier lance ces mots pour la dernière fois: «Les jeux sont faits. Rien ne va plus!-. Du même coup, le célèbre Casino de Saxon-les- Bains. Dont on parlait dans l’Europe entière, était définitivement fermé sur décision des autorités fédérales. Us jeux de hasard venaient d’être interdits en Suisse par la Constitution. Ce haut lieu du passé helvétique, où défilèrent tant d’artistes, tant de poètes, tant d’hommes politiques venus de France, de Russie. d’Italie et même d’Amérique, tomba quasiment dans l’abandon.

Lustre retrouvé

Le 18 mai dernier, soit 120 ans plus tard, le Casino de Saxon a inauguré une véritable salle de jeux. Près de 200 bandits manchots et deux tables de jeux de la boule ont rendu à ce lieu son aspect ludique. L’extérieur a conservé son apparence de petit palace vénitien boisé. L’intérieur rappelle. par contre, les salles de jeux de la capitale mondiale du jackpot: Las Vegas. «Après plus de deux mois d’ouverture, et malgré les vacances et les nombreuses soirées télévisées sportives de cet été. Le chiffre d’affaires atteint les objectifs que nous nous étions fixés», confie Biaise Anghem, le directeur de l’établissement.

Objectif blackjack

«Pour l’heure la clientèle est majoritairement valaisanne et lémanique. Durant cette saison, nous allons toutefois approcher les milieux touristiques pour leur proposer une offre variée. Le casino c’est aussi un restaurant, un caveau de dégustation, un cabaret- dancing et un nouveau musée fourni de certaines raretés, ayant appartenu aux premières heures de gloire des lieux». Sur le plan administratif. La commune de Saxon et sa société de développement possèdent les 52% des actions de l’entreprise. Une affaire qui s’annonce financièrement intéressante, puisque la totalité des bénéfices reviendra aux collectivités publiques. Un prélèvement forfaitaire sur le chiffre d’affaires étant destiné aux associés privés. -Avant même toute imposition, le canton du Valais bénéficiera d’une taxe de base annuelle, qui avoisine le million de francs», commente Biaise Anghem. Cette participation de la commune n’est évidemment pas étrangère au retour annoncé des futures maisons de jeux accepté par votation populaire, il y a trois ans. Même si la demande d’autorisation d’exploitation n’a pas encore officiellement été adressée à Berne, les responsables espèrent bien pouvoir, un jour, proposer la grande roulette et autres black jack dans ce lieu historique. Une dizaine de grands casinos devraient prochainement voir le jour en Suisse. Actuellement le combat se situe au niveau de l’exploitation de tel établissement. La literie romande souhaite contrôler ce juteux marché des machines à sous, par le biais de la Romande des jeux, une société qui vient d’être officiellement constituée. Réunis à la mi-juin, à Saxon, les exploitants suisses de casino ont toutefois réagi en présentant un front commun pour combattre cette volonté de mainmise. Mais la décision finale appartient désormais aux politiques. Certains cantons romands en ont déjà accepté le principe.

Clients illustres

Quelle que soit l’issue de ce bras de fer. Saxon entend pourtant bien renouer avec sa notoriété ludique. L’honorable casino avait été fondé en 1860 par un prêtre vénitien, Joseph Fama, qui en avait fait le deuxième plus grand casino d’Europe. Dans ce lieu magique. Mozart. Verdi. Offenbach et Rossini avaient été joués avec autant de brio qu’à la célèbre Scala de Milan. Ix; général Garibaldi, Dostoïevski, qui y trouva, dit-on l’inspiration pour son roman U joueur, la baronne Jenny de Lacour, Courbet ou même Victor Hugo avaient fréquenté les lieux. C’était au temps où Saxon possédait son propre journal et tenait la dragée haute à Evian et autres Baden-Baden. Des annonces étaient publiées jusqu’à Francfort. Paris, Turin ou Amsterdam pour y vanter ses jeux, ses courses de traîneaux, ses cures de raisin blanc et ses bains thermaux (http://www.loisirs.ch/mags/articles/41/les-bains-thermaux).

La grande vie s’est terminée du jour au lendemain. Finis, La belle Hélène, Aida ou le Barbier de Séville. Oubliés, les diligences, les descentes en luges et les trains de nuit de la ligne Paris-Milan, qui déversaient en Valais un monde cosmopolite et affriolant, parsemé de princesses et même de canailles! Aujourd’hui, le casino s’est doté d’une parure adaptée à notre époque. Son nouveau livre d’or peut désormais compléter l’histoire de ce lieu mythique.